Abou Diaby : récit d’un interminable come-back

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Abou Diaby - Arsenal v SouthamptonHomme de cristal, homme de verre, on ne compte plus les surnoms et railleries dont fait preuve Abou Diaby depuis son arrivée à Londres et ses multiples blessures.
Pourtant, derrière l’homme fragile qu’on s’imagine à connaître, Diaby est un monstre de courage, mais un monstre maudit par ses blessures.
Retour sur cet homme au talent proportionnel à son infortune.

DE LA BANLIEUE PARISIENNE A LONDRES

Septembre 1996, un grand gamin de 10 ans s’avance sur la pelouse du stade Auguste-Delaune en direction de l’entraineur du FCM Aubervilliers et lui lance « Monsieur, est-ce que je peux jouer au football ? ».
La carrière d’Abou Diaby était lancée.

Fils d’immigré, la famille Diaby baigne dans le football depuis toujours, le père fut footballeur (non-professionnel) en Côte d’Ivoire, son frère de 4 ans son ainé est alors un talentueux joueur de l’Elite des Jeunesses d’Aubervilliers.

Après être passé par le Red Star, il intègre à 16 ans l’Institut National de Football de Clairefontaine et joue aussi avec l’équipe de jeunes du PSG. Diaby impressionne partout où il passe.
Abou Diaby est dans sa seizième année et le PSG entend bien conserver ce grand gaillard capable de défendre mais aussi de jouer haut sur le terrain grâce à une excellente vision du jeu, mais un cafouillage administratif de dernière minute permet à l’AJ Auxerre de Guy Roux de le recruter.
A 18 ans, Diaby fait ses grands débuts dans le football professionnel, avec un premier match le 14 août 2004 contre le Stade Rennais.
L’arrivée sur le banc en 2005 de Jacques Santini pour remplacer l’emblématique Guy Roux va être mal vécue par Diaby qui préfère rejoindre l’Angleterre en signant un contrat long terme avec Arsenal en janvier 2006.

MAI 2006, LE DEBUT D’UNE MALEDICTION

1er mai 2006, Diaby remonte le terrain balle au pied, quand il est littéralement découpé sur un tacle assassin de Dan Smith qui vient lui briser la cheville.
C’est le début d’une incroyable et cauchemardesque série de 3 ans et demi de blessures.
Diaby retrouve son niveau physique au début de l’année 2007, mais rechute dans la foulée avec une blessure au genou, puis une entorse à la cheville.

« Il est monté sur deux allumettes avec un point de colle au milieu. »

Il ne fait son retour sur les terrains qu’en mars 2007 soit presque un an après sa blessure contre Sunderland.
Les deux saisons suivantes seront dans la continuité de cette terrible saison, avec un enchaînement d’entorses de la cheville, de blessures aux mollets, cuisses, dos, abdominaux etc. Aucune partie de son corps n’est épargnée.

Son ancien entraîneur à Auxerre, Guy Roux, affirme à propos de Diaby qu’il  « est un cadeau de la nature pour un entraîneur et tout amoureux de football », avant d’ajouter que « malheureusement, il lui manque la solidité des membres inférieurs. Il est monté sur deux allumettes avec un point de colle au milieu. »

Les chiffres donnent une idée concrète de la gravité et de la malchance dont Diaby est victime lors de ses premières années sous les couleurs d’Arsenal.
Entre janvier 2006 et juillet 2009 il subit une quinzaine de blessures, ne jouant en moyenne que 63 matchs (de 90min) sur cette période de 3 saisons et demi.

RENAUD LONGUEVRE : LE REDEMPTEUR

Le soutien d’Arsène Wenger, de sa famille, de ses coéquipiers et sa foi sont autant de facteurs cruciaux pour espérer conjurer le sort et revenir fouler le plus vite possible la pelouse de l’Emirates Stadium.

Diaby

Abou Diaby et Renaud Longuèvre

Cependant, l’homme qui va tout changer se trouve de l’autre côté de la Manche, Renaud Longuèvre, 38 ans, entraineur d’athlétisme à l’INSEP.
Après cette série de blessures, Diaby décide avec l’accord du club de le rejoindre en région parisienne avec pour mission de revenir sur les terrains le plus rapidement et mettre un terme à ces blessures chroniques.

Commence alors un stage intense de reconstruction physique à base de séances journalières alternant musculation et endurance.

« Mon corps a été totalement déséquilibré »

Début de la saison 2009-2010, après s’être torturé des journées entières en salle de musculation, Diaby retrouve ses coéquipiers à Londres avec l’espoir et la volonté de réaliser enfin une saison complète.
Ses souhaits deviennent alors réalité puisqu’il réalise une excellente saison avec Arsenal et apparaît à 40 reprises toutes compétitions confondues, et malgré quelques blessures il parvient à montrer tout son talent et à s’imposer dans l’entrejeu des Gunners. Il joue aussi pour l’Equipe de France lors des qualifications pour l’Euro 2008.
Au début de la saison 2010-2011, lors d’un match de début de saison contre Bolton, Diaby reçoit encore une fois un tacle violent et sur la même cheville droite déjà victime du tacle assassin de Dan Smith en 2006, et retrouve alors ses vieux démons avec des blessures aux pieds, et à la cuisse principalement, il ne fait alors que 20 apparitions lors de cette saison.

En fait, Abou ne s’est jamais vraiment remis de cette blessure contre les Black Cats en 2006, tous ses efforts pour retrouver une solidité physique sont peu à peu réduit à néant.
A l’image d’une vieille cathédrale, la voûte tient mais les fondations sont brisées, le temps a déséquilibré son corps. Diaby lui-même confie : « J’ai subi trois opérations à la cheville au cours de ma carrière […] Mon corps a été totalement déséquilibré entre ma jambe gauche et droite. […]  Mon problème est d’ordre biomécanique ».
Dans un championnat où le jeu est particulièrement physique, sa jambe droite meurtrie par toutes ces blessures ne peut plus supporter ces efforts intenses et réguliers, alors la jambe gauche va naturellement compenser la faiblesse de l’autre jambe. Son corps rentre alors dans un cercle vicieux où une jambe va travailler pour les deux, créant des tensions dans ses cuisses, mollets, genoux, qui vont accentuer le déséquilibre notamment au niveau musculaire.

« Le kiné lui appuyait dessus jusqu’à ce qu’Abou en chiale de douleur »

A la fin 2011, le corps du Gunner est à bout de force, ce déséquilibre est trop fort, et ses blessures récurrentes sont logiquement de retour. Renaud Longuèvre confie  » qu’il avait une jambe droite d’un gamin de dix ans et une jambe gauche d’un athlète de 25 ans. Le mollet gauche bossait pour deux. »

Retour à la case départ en 2012, Diaby doit se résoudre à retourner en France auprès de l’entraîneur de l’INSEP, d’abord en début d’année puis à la fin de la saison pour se remettre sur pied totalement avec un programme hyper intensif d’un mois.
A l’INSEP, la vie est spartiate, une petite chambre, et des journées qui se résument en trois lieux : sa chambre, la cafétéria et la salle de musculation.

Son corps ayant été poussé au-delà de ses limites physiques, et tout particulièrement sa jambe gauche, le joueur souffre d’une fibrose du mollet gauche, une sorte d’amas de nœuds musculaire qui faisait horriblement souffrir Diaby depuis plusieurs mois.
Ce genre de blessure nécessite une prise en charge par un kiné pour faire littéralement exploser la fibrose dans le mollet, pour cela « avec de la glace dans une serviette, le kiné lui appuyait dessus jusqu’à ce qu’Abou en chiale de douleur », raconte Longuèvre.
Cette fibrose au mollet soignée, le renforcement musculaire peut commencer, avec des séances quotidiennes de musculation allant jusqu’à 5h par jour, ajoutez à cela des séances de sprints pour revenir en forme, un véritable enfer.

Lors de la saison suivante, Diaby espère reproduire le même schéma que pendant la saison 2009-2010 et réaliser une saison pleine. Seulement, la malédiction s’acharne sur le Gunner.
D’abord, avec des blessures dont il est habitué : cuisses et mollets.
Et puis le 27 mars 2013, 30ème journée de Premier League, les Gunners affrontent Swansea, et à la 71ème minute Diaby doit sortir, blessé, sa jambe gauche l’a encore lâché.
Le verdict qui tombe est brutal et terrible, rupture des ligaments croisés. Absence estimée à 9 mois.
Beaucoup alors s’accorde pour dire que son avenir dans le football professionnel s’écrit en pointillé tant l’ampleur et le désarroi de ses blessures semble immense.

L’HOMME AU MENTAL D’ACIER

Et pourtant, sa taille n’a d’égale que son courage et sa volonté a toujours revenir au plus haut niveau. C’est un combat physique colossal mais surtout mental. Comment se relever d’une telle blessure après avoir dépensé tant d’énergie pour revenir ? Alors que la plupart des footballeurs ayant vécu une carrière si compliquée auraient surement jetés l’éponge avec cette ultime blessure, Diaby lui ne lâche rien. L’idée de mettre un terme à sa carrière lui a forcément traversé l’esprit, il confie « Je me suis dit : j’en ai marre, j’arrête ! » Mais Diaby est un guerrier, Diaby n’abandonne jamais, il veut revenir, « je me suis réveillé un matin : non, hors question ! Il ne faut jamais baisser les bras. »

« Ce mec, mentalement, c’est une force. »

Car ce n’est peut-être pas tant les blessures physique que l’impact moral qui dans sa carrière tumultueuse est le plus fort. Tout joueur de football veut gagner des trophées et participer aux plus prestigieuses compétitions du monde du ballon rond. Il faut s’imaginer l’impact psychologique de manquer d’un cheveu, une finale de Ligue des Champions, un Euro espoirs, l’Euro 2008, l’Euro 2012, une finale de League Cup, une Coupe du monde au Brésil, et participer au naufrage de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud. De suivre ses coéquipiers devant la télé dans son salon, de les voir s’entraîner normalement alors qu’on est seul sur le côté à faire des exercices individuels pour tenter de revenir physiquement.
Son agent raconte qu’ « il savait que ses efforts allaient payer. Ce mec mentalement est une force. », Arsène Wenger aussi reconnaît que le français « est géant mentalement. Faire ce qu’il a fait, avec les nombreuses blessures qu’il a eues. Il revient à chaque fois, il est dévoué et mérite beaucoup de respect. »

Et pourtant, même s’il fait preuve de courage et de volonté, le sort s’acharne encore sur le Gunner à la fin 2013, en pleine rééducation quelques mois après sa rupture des ligaments, une inflammation du tendon rotulien suivi d’une infection nosocomiale viennent mettre à mal son retour. Retour en France auprès de Renaud Longuèvre pour 5 mois cette fois, à raison de 10 séances par semaines de 5h. Il réussit à rééquilibrer son corps, et espère même pouvoir participer au mondial au Brésil.

Seulement, Diaby a une malchance incroyable et rechute au printemps 2014 lors d’un match avec les U21. Ni sa jambe gauche ni sa jambe droite ne sont pour une fois concernées, ce sont ses adducteurs, Diaby fait une croix sur le mondial.

Mais Diaby est de retour cette saison, il a fait preuve de beaucoup de patience et d’abnégation afin d’être totalement prêt avant de rejouer.

SON AVENIR AU CLUB

« Il n’a pas joué pendant un an et demi (…), il manque de rythme et de puissance dans les duels, qui sont ses points forts, mais s’il ne se blesse pas à nouveau, il pourrait être une solution satisfaisante pour nous. C’est une ressource naturelle, un joueur de qualité supérieure. » A déclaré Arsène Wenger il y a quelques semaines.

Diaby qui est à la base un joueur box-to-box a reçu énormément de coups de la part des joueurs adverses, dont deux conduisant à de longues blessures qui ont fragilisé son corps et fortement participé à cette dramatique série de blessures.
Arsenal regorgeant de milieux de terrain, il est difficile pour Diaby de penser retrouver immédiatement une place de titulaire bien qu’Arteta soit sur le déclin.
Mais Arsène Wenger pense pouvoir lui trouver une place.

En effet, l’alsacien croit en la reconversion de Diaby en milieu de terrain défensif ou plus précisément en milieu sentinelle juste devant la défense, qui aurait deux avantages pour Arsenal.
Tout d’abord, il manque à Arsenal un milieu sentinelle qui permettrait d’intercepter plus de ballons et de résoudre pas mal de problèmes défensifs, et ensuite le fait d’après Arsène Wenger que Diaby serait moins exposé aux coups en jouant à ce poste et par conséquent aux blessures.

Si ce projet de reconversion peut laisser perplexe, les qualités de relance, la vision du jeu, la rapidité, l’expérience et l’impact physique de Diaby pourrait être un atout non-négligeable pour pallier les lacunes défensives et la faible quantité de milieux à vocation défensive, si bien entendu son corps le laisse tranquille…

  


DEBAT :

N’hésitez pas à réagir à cet article.

  • Pensez-vous que le staff médical d’Arsenal est assez compétent, au vue de la prise en charge de Diaby par un entraîneur étranger au club, et le triste record du nombre de blessures en Premier League sur les 10 dernières années ?
  • Pensez-vous que Diaby retrouvera son meilleur niveau cette saison ?
  • Diaby est-il capable d’assumer un poste de milieu sentinelle ?

#Ben

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