Emmanuel Petit: «Les Spurs m’ont payé le taxi pour signer à Arsenal»

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Emmanuel Petit est l’ancien milieu d’Arsenal ayant réussi le doublé avec les Gunners en 1998. Le milieu de terrain a également remporté la Coupe du Monde (1998) et l’Euro (2000) avec la France. Petit a ensuite évolué au Barca puis à Chelsea. Dans The Footballers’ Football Column, il revient sur sa carrière en France, en Angleterre et en Espagne et nous raconte à quel point il avait été proche de signer à Manchester United. L’ancien milieu défensif porte son regard sur le derby en Capital One Cup entre Arsenal et Chelsea et confie que, des deux clubs, Arsenal est celui qui a le plus besoin d’une victoire.

L’Angleterre, le rêve de gamin et le taxi.

«J’ai joué à Monaco pendant quatorze années, et j’ai senti que je méritais d’évoluer à l‘étranger. Quand j’étais enfant, j’ai toujours rêvé du football anglais. Je regardais des dessins animés sur le football anglais, et je savais qu’un jour, je jouerai en Angleterre. J’avais le choix entre partir en Espagne, Italie ou Allemagne mais j’ai décidé de suivre mon ancien entraineur de Monaco, Arsène Wenger, qui s’était engagé à Arsenal, et le rêve est devenu réalité.»

«Mais avant de signer à Arsenal, j’étais en discussion avec les Spurs. J’avais rendez-vous à Tottenham, mais j’avais décidé de ne pas leur donner ma réponse car je savais que je rencontrerais Arsenal après. A ce moment-ci, je ne savais rien de la rivalité entre les Spurs et les Gunners. C’est plus tard que j’ai réalisé que c’était les Spurs qui avaient payé mon taxi pour que j’aille signer à Arsenal. C’est comme si Marseille payait un taxi pour aller signer au Paris Saint Germain, mais nulle n’était mon intention de froisser quiconque.»

«Le fait qu’Arsène me souhaitait fut un élément clé dans ma décision entre les deux clubs. Je n’ai pas ressenti la même envie du côté des Spurs. Quand je suis arrivé à Arsenal, j’ai noté une grosse différence dans leur discours et leur motivation. Ce n’était pas seulement parce qu’Arsène était Français et qu’il fut mon entraineur à Monaco – bien sûr que cela a joué – mais j’ai rencontré David Dein qui fut si courtois avec moi, et je parlais à peine quelques mots d’anglais à cette époque. Il a essayé de me parler en français. Ils ont tout mis en œuvre pour me mettre à l’aise durant l’heure passée ensemble, et j’ai sincèrement apprécié ces attentions.»

«Ce qui s’en suivit fut la meilleure année de ma vie, pas seulement en tant que sportif, mais également en tant qu’être humain. Je venais de remporter le championnat avec Monaco, je débarque ensuite à Arsenal, nous réalisons le doublé, je remporte la Coupe du Monde avec la France, puis le Charity Shield. Mon souhait est que tout footballeur puisse vivre ces douze mois.»

Association avec Vieira et feuilletage de l’album souvenir.

«Ma relation avec Patrice Viera dans le milieu de terrain d’Arsenal ne s’est pas faite du jour au lendemain. Quand ma signature a été rendue officielle, je me souviens que j’avais une interview pour une radio française, Patrick était déjà à Arsenal tandis que j’évoluais toujours à Monaco. C’était une interview à trois et Patrick me parlait, mais je ne le connaissais pas très bien, bien que je savais quel type de joueur il était. Avant qu’il ne quitte l’Italie pour l’Angleterre, il avait évolué à Cannes en France, et je l’avais déjà affronté. Je me souviens d’un grand joueur noir évoluant en défense, et je me disais que nous étions tous les deux costaud.»

L'année 1998 a été exceptionnelle pour la doublette française d'Arsenal qui remporta le doublé Championnat-FA Cup et la Coupe du Monde quelques mois après.

L’année 1998 a été exceptionnelle pour la doublette française d’Arsenal qui remporta le doublé Championnat-FA Cup et la Coupe du Monde quelques mois après.

 

«Il était droitier, j’étais gaucher. Il était noir, j’étais blanc. Il aimait courir, et j’aimais jouer de long ballon ou court. Il est grand. Je suis plutôt grand, mais comparé à lui, je suis petit, et je réalisais que nous nous complétions parfaitement.»

«Il me reste tellement de souvenirs à Arsenal, mais la célébration du doublé à Highbury m’était totalement nouvelle. Nous avions remporté la Coupe de France et le championnat avec Monaco, mais Monaco n’est pas une ville passionnée par le football, donc ce fut assez incroyable de voir tous ces gens suivant le bus.»

«La finale de FA Cup contre Newcastle en 1998, et notre dernière rencontre à domicile contre Everton où nous gagnions 4-0 avec Tony Adams qui inscrit ce but, furent vraiment particuliers. L’atout principal à Arsenal était l’esprit d’équipe – il y avait Ian Wright, et tellement d’autres personnalités.»

Le rendez-vous raté avec Barcelone

«Après trois saisons à Arsenal, j’ai rejoint Barcelone, mais si je pouvais revenir en arrière, j’aurai changé le jour où j’avais donné mon accord pour le transfert. Ce n’était pas le bon timing pour moi, de quitter Arsenal. Quand je suis arrivé pour la première fois à Barcelone, j’ai réalisé que le football est une passion, mais que c’était encore plus politisé. Donc après six mois, j’ai souhaité quitter le club. En toute honnête, j’ai détesté mon passage là-bas. Je comptais les jours – jour après jour – jusqu’à mon départ.


Retour en Angleterre

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Emmanuel Petit terminera sa carrière à Chelsea. Il passera trois saisons chez les Blues où il jouera 54 matchs en Premier League.

«J’ai eu ensuite l’opportunité de signer à Manchester United car Sir Alex Ferguson s’était déplacé à deux reprises pour venir me voir jouer à Barcelone, et j’ai eu l’opportunité de jouer aux côtés de Paul Scholes, Ryan Giggs, David Beckham et Roy Keane mais j’ai préféré me lancer dans un nouveau challenge, c’est pourquoi j’ai signé à Chelsea. A ce moment-là, Roman Abramovich n’était pas là et Ken Bates souhaitait vendre le club. Ils n’avaient pas beaucoup d’argent à placer sur le mercato. En dépit de cela, nous avions une équipe de qualité et avons essayé de nous battre pour le titre, mais nous n’avions pas suffisamment de talent, notamment sur le banc. C’est pourquoi nous n’avons pu nous rivaliser que durant six mois.

«C’était une période de transition car tout le monde était conscient que Bates allait vendre le club. Une opportunité s’est offerte à lui avec Abramovich et c’est pourquoi le club est entré dans une nouvelle dimension. Avec cette puissance financière, vous pouvez réaliser ce que vous voulez dans le football, à présent, et c’est pourquoi le club a tant changé. Je ne regrette pas mes trois années à Chelsea. La seule chose que je regrette est ma dernière saison lorsque j’ai eu deux grosses opérations et que j’ai dû arrêter de jouer au football.»

Son combat, le soutien d’Arsenal et sa vie d’après.

«Quand j’ai subi mon opération, ils ont du coupé ma jambe en deux parties. La rééducation a été très longue et douloureuse et je ne vois pas ce qui est bénéfique à jouer au foot si vous ressentez de la douleur. Il n’y a plus de plaisir, même si vous aimez le jeu. Le docteur a été très honnête avec moi. Il m’a dit «vous avez 10% de chances de rejouer au football au plus haut niveau. Vous pourrez courir sans problème, mais jouer au foot à un niveau professionnel va être très compliqué.»

«Arsenal était présent pour m’aider à revenir sur les terrains. J’ai essayé et réessayé, semaines après semaines avec Arsenal et Arsène. Le club a été tellement gentil avec moi, m’ouvrant les portes de toutes les infrastructures d’entraînement et de rééducation dont j’avais besoin. Arsène est venu me voir et m’a dit que si j’arrivais à revenir à un certain niveau physiquement alors il me ferait signer un contrat. J’ai fais de mon mieux pour revenir mais la douleur était trop intense.» 

«Je la ressens encore quand je monte les escaliers, mais je ne m’en plains plus. J’ai eu une vie magnifique. Quand vous arrêtez de jouer au football, c’est très compliqué de stopper complètement, et c’est pourquoi vous voyez des joueurs de 34, 35 ans qui vont tout essayer pour repousser les limites. Mais au fond vous savez que la fin viendra et quand ça arrive c’est comme la mort. Quand vous ne pouvez plus faire une chose qui vous passionne, c’est comme si une partie de vous mourrait. Un an ou deux après l’arrêt de votre carrière, c’est très compliqué et c’est pourquoi si je pouvais donner un conseil aux joueurs ça serait de ne pas attendre que la fin arrive pour préparer sa vie après le football.»

Ses visions pour le match de ce soir

«Arsenal reçoit Chelsea en Capital One Cup mardi soir, mais c’est plus important pour Arsenal que pour Chelsea de gagner ce match. Cela fait 8 ans qu’Arsenal n’a pas gagné de trophées et ils ont encore en tête la finale contre Birmingham en 2011 quand ils ont perdu 2-1. Les semaines qui ont suivi ont été terribles. Je ne reconnaissais plus l’équipe d’Arsenal – ils avaient perdu le fil de la saison (ndlr: dauphin de Manchester United à deux points après la finale, Arsenal s’effondra totalement, ne gagnant que deux matchs sur les onze derniers. Les Gunners termineront 4e.) Ils étaient favoris à 100% pour gagner ce trophée et ils l’ont donné à Birmingham. Psychologiquement les fans, le manager et les joueurs étaient morts.»

«C’est important pour Chelsea aussi, car quand vous jouez pour eux vous devez gagner tous les trophées possibles. C’est important pour José Mourinho car c’est un combattant, un compétiteur, et il voudra marquer son retour à Chelsea par un trophée dès que possible. C’est un derby de Londres et le gagnant aura un impact sur la Premier League et la Ligue des Champions.»

Son analyse (et ses espoirs secrets) sur la saison d’Arsenal

«Le prochain mois sera intéressant pour voir comment Arsenal s’en sort dans les gros matchs. Depuis le début de saison, ils n’ont pas joué contre des adversaires imposants, excepté en Ligue des Champions, mais maintenant ils doivent jouer contre Chelsea, Liverpool et Manchester United donc ça sera intéressant de voir s’ils peuvent jouer le même football, avec la même passion, le même désir, la même joie et encore marquer des buts et gagner le match.»

«Le changement le plus important pour Arsenal cette saison c’est la signature de Mesut Özil. Quand vous regardez le début de saison, Arsenal souffrait un peu. Les joueurs se questionnaient à propos de leurs qualités, de l’équipe et sur le fait de faire une nouvelle saison sans remporter de trophées. Mais avec Özil, tout le monde sait comment il joue, sa qualité en tant qu’être humain et je suis sûr que cela a aidé à faire revenir la confiance après le match d’ouverture et la défaite contre Aston Villa (ndlr: 1-3). Le fait est qu’il s’est intégré tellement rapidement dans le vestiaire et sur le terrain car il parle le même football qu’Arsenal, et cela a beaucoup aidé.»

«Nous sommes tous d’accord pour dire que Jack Wilshere et Aaron Ramsey représentent la prochaine génération du football britannique, qui est très talentueuse. Mais pouvez-vous donner les clés d’une équipe à ces joueurs ? Non. C’est pourquoi Özil est très important, car il est comme un grand frère pour eux. Il est la recrue parfaite.  L’un des problèmes d’Arsenal ces dernières saisons c’est qu’ils avaient le talent, mais ils étaient trop jeunes. Il n’y avait personne pour dire aux autres : « Qu’est-ce que tu fais ? » « Réveille toi ! » « Il faut que tu reviennes » « Ne fais plus jamais cela ! » Qui disait ça dans le vestiaire ces dernières années ? Personne ! Ils étaient tous jeunes. Et c’est pourquoi ils avaient besoin de joueurs comme Flamini et Özil.»

«Avec Arsenal de retour à leur meilleur niveau et jouant un football flamboyant, marquant des buts et gagnant des matchs, les attentes changent. Et ce sera une très très grosse déception si, à la fin de la saison, Arsenal n’a pas gagné de trophée. Mais s’ils évitent les blessures ils seront des candidats sérieux pour le titre de Premier League avec Manchester City, Chelsea et même Tottenham.»

#Alex H et #Rodolphe (via DailyMail)

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