Plaidoyer pour Arsène Wenger

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C’est peut-être cavalier de défendre Arsène Wenger par ces temps. Et pourtant, je l’ose, c’est l’homme qu’il faut.

Le défendre ne comprend pas forcément de fermer l’oeil sur ses manquements. Nous y reviendrons

Mais pour l’heure, détaillons l’essentiel des critiques – mots hostiles – mépris, que lui et le club cristallisent. Pas très folichon mais florilège.

Le refrain est connu, « 8 ans ». Lancinant rappel des dictateurs des trophées. Prêt-à-penser machinal et imbécile que sortent tous les détracteurs du club. Pour changer, ils parlent de « manque d’ambition ». « D’illusions de beau jeu ». « De centre de formation ». Du Evra dans le texte. Le philosophe de Knysna a des adeptes pardi. Ca coince vite en réalité. Lente et sure inclination dans le fallacieux. Incapables au final de tuer l’âme du club et son inextinguible identité qui survit au désert de titres, ils font dans la répétition. Il faut en rire. S’il on est sensible et irritable, opposez des faits et des réalités. Les voici.

Le trophée est l’horizon naturel de tous sports. Vrai. Peut-être tout aussi vrai, même plus, il ne se décrète pas. Ni par le chéquier, ni par une science exacte. Ni par l’accumulation de grands noms. (Rien n’aurait échappé au Réal). C’est cette part d’incertitude et d’injustice qui fait la magie du sport. L’argent veut piper les dés. Le diktat du trophée s’est imposé dans le football moderne en même temps que les flux de capital. Nulle coïncidence, voilà les deux jambes qui dirigent le le football. Au diable la formation, l’âme, le miroir identitaire des clubs. Ne comptent plus que l’argent, la froide arithmétique des chiffres. Les palettes et les stats des médias, Pouah ! Dans le sillage des billets, illicitement acquis qui pis est, instabilité des clubs, valse incessante des joueurs, tous les piliers disparaissent. L’argent inonde et ensevelit tout. On peut – si l’on veut- s’en féliciter, crier au génie de Chelsea, à la gloire de Manchester City, jouir devant le PSG. La vérité est que je ne suis pas du même avis. Je suis contre. Je prête cette réticence à Arsène Wenger. D’où le soutien infaillible que je lui apporte.

Les « 8 ans » n’ont pas été vierges d’émotions. Ils ont été un cycle nouveau, moins formidable, que le 10 ans d’avant où le club, avait tout raflé et offert à l’Angleterre l’une des plus belles rivalités dans l’histoire du sport et à ce jour l’exploit le plus retentissant noté dans aucun championnat : finir invaincu une saison entière. Mais le passé disent-ils, ne compte pas. Qu’est-ce le présent sans le passé ? On peut ainsi en signaler quelques uns des exploits d’Arsenal, mais à quoi bon, passons. Dortmund a accompli sa saison la plus belle, sans trophées, 2013. Si on en croit des dictateurs du trophée, c’est à ensevelir. C’est effroyable. 

Ils ont décidé que ne comptent que les 8 ans commençant un jour de mai 2005, aller comprendre ce sectarisme dans la chronologie. 2005 tiens, irruption d’un nouvel état d’esprit qui règne dans le football : Abramovitch, Chelsea, la brèche vers le non-sens. Encore une fois pas de coïncidences. Qu’on ne se méprenne pas. Supporter d’Arsenal, même récent, je me fais cette histoire. Je suis le premier à mourir de douleurs avec les mauvais résultats. Ils sont les produits d’une conjoncture. Un agrégat de facteur qu’on ne guérit pas avec le remède en vogue, le changement de coach. Il convient de rester lucide. C’est cette patience que ce monde du tout-tout-de-suite, veut détruire. Manchester City a acheté son titre après un milliard d’acharnement, à la différence de but. 400 millions pour le PSG. J’omets volontiers Chelsea. Si ce modèle-là, convient à la masse, je me range derrière Wenger pour le contester.

Sans rentrer dans une cuisine interne du club, les restrictions budgétaires ont fléchi les finances du club. Je conviens. A mon sens c’est une ligne d’explication moyennement recevable. Je me focalise sur le sportif. Sur le terrain, il a manqué de la confiance, de la chance, parfois du talent, ramassis de choses qu’on corrige avec le temps. Autre paramètre, que les joueurs n’aient pas envie de rester, il faut leur faciliter la sortie. Un club exige un peu d’amour, les joueurs doivent en justifier. Le cas échéant qu’ils filent. Aller gagner des titres, quand on a été capables par son talent de les accrocher, sonne comme la lâcheté la plus innommable et l’infidélité la plus consternante. Mais je n’attends rien des joueurs de foot, encore moins de leurs esprits. Falcao est parti gagné des titres à Monaco. Et la bite à ma soeur aussi.. 

La vulgarisation du football à une classe de supporters récents, biberonnés à Twitter, FiFa, PES, et autres saloperies qui n’ont rien de l’enseignement des valeurs du terrains et de la réalité du vestiaire, produit des fans artificiels, des connaisseurs lamentables qui fourmillent sur le net pour se repasser tous les ragots. C’est l’accumulation de ces fans, souvent amoureux des clubs modernes, qui sont la plaie béante du foot. Prompts à te chier telle stat comme si le foot état une affaire de calcul. Tous les trophées de Lampard ne vaudront jamais le talent de Gerrard. C’est peut-être ça, surtout ça, le foot qu’Arsène veut. 

Arsène Wenger a raison. De tenir bon. De former de joueurs. De veiller à des finances saines. De ne pas participer à la bulle financière qui sera à son implosion un désastre. De donner la chance aux jeunes. De ne pas dépenser des sommes folles pour des joueurs – qui ne le méritent pas. De prôner un jeu, alléchant. De faire confiance à des joueurs en manque de confiance. Il a raison d’être un rempart contre ce que le football devient. Ca ne paye pas, forcément. Il tend d’ailleurs à lâcher du leste tant ma dynamique générale est impitoyable. Pour l’heure, mais c’est la bonne attitude. Arsène Wenger est un modèle de loyauté et de vertu pour ce club.

C’est ça le Arsenal FC que j’ai aimé. Je ne suis pas sous l’emprise d’un gourou à qui je passe tout. Cet été plus que les autres, a en revanche, un goût d’hésitation fatale. Impréparation. Pilotage à vue. Retards dans les transferts. Entrées et sortie d’effectifs non coordonnées. Equipe frêle. Série de fautes imputables exclusivement à Wenger. Ces erreurs doivent être corrigées. Et vite. Toute déduction serait précoce en revanche. Arsenal achètera des joueurs. Lancera sa saison. Le reste on verra. Les désirs des fans ne sont pas des promesses de succès. L’attachement des fans et leurs goûts, quoique nobles, ne dirigent pas un club.

Je comprends bien que les moqueries et hostilités du monde-tout-sportif contre Arsenal peinent et meurtrissent les fans, mais il faut s’en émanciper. C’est la règle du jeu. Il faut un choix, d’un autre ordre, le seul qui compte :

Il faut qu’Arsenal se trahisse pour satisfaire les exigences majoritaires que l’on entend le plus souvent. Dès lors ceci :

Que le club renonce à ses valeurs et ses principes et s’agenouille devant les standards actuels. C’est facile.

Ou qu’il reste le club qu’on aime. C’est mon option. D’où ma foi renouvelée en Wenger.

Naturellement chacun est souverain de répondre ce qu’il veut. J’invite juste à la cohérence.

EHSG 

Ce ci n’est pas le propos d’un vieux nostalgique réac. Non plus une soupe tiède de compliment à Arsène, c’est le droit de s’extirper dans la gouvernance actuelle du foot. A 25 ans, on a le droit de ne pas suivre des aveugles.

Augustin Diamacoune

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Une réflexion sur “Plaidoyer pour Arsène Wenger

  1. PPP

    Bravo mec très bon article, je partage les même idées que toi !Enfin quelqu’un qui prend la défense de Wenger qui représente effectivement à lui seul la vrai philosophie d’Arsenal !

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