Analyse tactique de la saison

Par défaut

Pour boucler le bilan de la saison qui a été publié plus tôt ce mois-ci, nous vous proposons une analyse tactique.

  • Le 4-3-3 est il le système idéal pour Arsenal ?

La réponse est clairement oui. Ce système permet une meilleure couverture du terrain que n’importe quel autre système. Cependant, il ne faut pas croire qu’Arsenal s’enferme dans un système précis. Le 4-3-3 reste le système de base mais, selon les situations, ce 4-3-3 tend à évoluer vers un 4-4-2 en situation offensive ou vers un 4-5-1 en situation défensive. Le jeu d’Arsenal étant basé sur le mouvement et les combinaisons, il est intéressant de constater que le 4-3-3 offre plus de possibilités, de variations dans la relance que le 4-4-2.

Jeu en triangle couverture du terrain en 4 3 3

Jeu en triangle et couverture du terrain du 4-3-3.

Couverture du terrain en 4 4 2 et jeu en triangle

Jeu en triangle et couverture du terrain du 4-4-2.

Le jeu originel d’Arsenal étant très vertical, un point d’ancrage entre le milieu et la défense adverse (le rôle de Cazorla puis de Rosicky et Wilshere) est nécessaire pour faire le lien entre les attaquants et les milieux. Le 4-4-2, quant à lui, supprime ce point d’ancrage essentiel dans le jeu des Gunners et obligerait un de nos deux attaquants à redescendre (vraisemblablement Podolski ou Giroud) pour occuper ce rôle alors qu’aucun attaquant du club ne dispose des capacités pour le tenir.

En phase défensive, le  4-4-2 est aussi plus risqué. Il demande aux attaquants et aux ailiers un travail défensif supplémentaire, ce qui n’est pas toujours le point fort de certains attaquants à Arsenal. Le 4-3-3 quant à lui est plus malléable. Il permet d’avoir un double pivot à la relance avec un joueur qui se consacre presque exclusivement aux tâches défensives (Arteta) et un autre, placé un peu plus haut sur le terrain, orienté vers la relance et le pressing.

Compte tenu de l’effectif actuel d’Arsenal, le 4-3-3 est la meilleure solution et surtout la plus sûre. En effet, le fait qu’Arsenal n’ait pas dans son effectif de milieu défensif de métier, capable de s’imposer physiquement au milieu est préjudiciable, et encore plus dans un 4-4-2. Un passage en 4-4-2 fragiliserait l’équilibre défensif de l’équipe et rendrait la défense encore plus vulnérable qu’elle ne l’est. Avec un duo Arteta / Ramsey, Arteta / Wilshere ou même Arteta / Rosicky, le risque de perdre le contrôle du milieu serait trop grand. Le renfort d’un troisième joueur à ce niveau du terrain permet de renforcer cette partie essentielle du jeu des Gunners.

De plus, Arsenal ne dispose pas du profil de l’attaquant créateur, à savoir un attaquant capable de marquer et d’organiser le jeu. Cependant, en cours de match, l’organisation d’Arsenal (le 4-3-3) peut évoluer vers un 4-4-2 ou un 4-5-1 selon les situations. Pour le 4-4-2, le plus souvent, c’est Theo Walcott qui repique dans l’axe, demandant donc à un milieu de terrain de se déporter dans le couloir et compenser. Or, le manque de discipline tactique fait qu’on se retrouve très régulièrement avec Walcott dans l’axe et personne à droite pour compenser, laissant Sagna totalement seul. Pour Podolski la situation est similaire.

En phase défensive, le problème est récurrent. Walcott repiquant dans l’axe, il ne se replace pas sur son aile et laisse Sagna seul, d’où les nombreuses erreurs de ce dernier.

  • Le cas Walcott et des ailiers en général

Cette saison, les ailiers ont été source de prises de têtes et l’un des symptômes des difficultés d’Arsenal dans le jeu.

ailiers Arsenal

Tout au long de la saison on a pu voir que nos ailiers, quels qu’ils soient, avaient une (trop) forte tendance à dézonner et à s’agglutiner dans l’axe du terrain. En ayant vu l’intégralité de tous les matches, on peut remarquer que Lukas Podolski, par exemple, a un tendance à venir axe gauche du milieu du terrain (le cercle rouge) plutôt que dans le couloir gauche (le cercle jaune). Il en est de même pour ses appels. En raison de son décalage vers le milieu du terrain, il arrive dans la zone du défenseur central et du milieu défensif, où il ne sert pas à grand chose puisqu’il empêche d’écarter le jeu, de l’aérer. Pour être plus efficace à gauche et éviter la monotonie dans le jeu d’Arsenal, il devrait réellement coller à sa ligne et faire un appel dans le dos du latéral, soit faire un appel dans l’espace entre le latéral et le défenseur.

Le cas de Cazorla sera étudié plus tard et ceux de Chamberlain et Gervinho ne sont pas nécessaire car ils n’ont pas suffisamment joué pour que quelque chose de significatif en ressorte par rapport à Podolski, Walcott et Cazorla.

Le cas Walcott est encore plus représentatif de ces problèmes. L’Anglais est une formidable arme offensive pour Arsenal mais son manque de discipline tactique en fait souvent un handicap. Face à une défense regroupée, quand le jeu est fermé, Walcott est inutile en raison de son incapacité à dribbler. Mais en situation de contre ou de jeu ouvert, il devient très redoutable s’il reste concentré.

Walcott vs Chelsea janvier 2013

Le point rouge = Theo Walcott
Le point jaune = le ballon

En effet,  dès qu’il part dans le dos du défenseur, il est inarrêtable ou presque. Comme sur l’image au dessus, partir dans le dos du défenseur central est la situation idéale pour lui.

vlcsnap-2013-05-06-19h30m19s218

Cependant, il s’obstine à toujours vouloir occuper l’axe central de l’attaque, au détriment de son poste sur l’aile. Comme on peut le constater sur l’image, Walcott se trouve à la droite de Podolski, délaissant son aile droite complètement vide de joueurs adverse et ainsi facilitant la défense adverse.

zone d'action de Walcott

Zones d’action de Theo Walcott face à Chelsea et Tottenham.

Face à Chelsea et Tottenham, ses zones d’action démontrent bien ce défaut. Si Walcott commence bien ses actions sur l’aile, très vite, il repique dans l’axe où il ne peut être efficace compte tenu de son gabarit et de sa faiblesse technique.

Zone de jeu Walcott vs Wigan

Face à Wigan, où il a respecté son poste (même s’il a bien été aidé par un Espinoza très offensif), il nous a gratifié d’une très belle performance en étant l’un des détonateurs du jeu puisqu’il a permit de l’écarter.

heat map Walcott

La preuve, en comparant les heat map de Walcott face à Tottenham et Wigan, réputée pour être très bien organisée et très forte tactiquement. Face aux Spurs, il a été inexistant alors que face à Wigan, il a touché beaucoup plus de ballons.

L’autre problème qu’entraîne sa manie de dézonner, c’est l’absence de repli défensif, laissant Sagna à la merci du latéral et de l’ailier adverse et obligeant un des milieux à venir compenser. Ce qui déséquilibre le bloc défensif. En conclusion, bien que Walcott soit une arme offensive redoutable, il devra progresser tactiquement car il reste une faille dans l’organisation défensive d’Arsenal.

  • L’apport d’Olivier Giroud

Bien qu’il soit rester relativement discret cette saison, Olivier Giroud a eu un impact non négligeable dans le jeu des Gunners.

Giroud a permit d’apporter une touche de diversité supplémentaire à la palette offensive des Gunners. Contrairement à Podolski ou Walcott, le Français est un attaquant plus traditionnel qui se situe naturellement dans la surface de réparation, là où il peut apporter le plus. Il est capable de prendre des ballons de la tête, de jouer comme point d’appui en se mettant au service du collectif. Et cela, aucun des attaquants de l’effectif ne l’apportait.

A gauche, la Heat map de Gervinho face à Southampton et à gauche la heat map de Giroud face à Fulham.

A gauche, la Heat map de Gervinho face à Southampton et à gauche la heat map de Giroud face à Fulham.

Sur l’image, on remarque que Gervinho, qui a été placé en pointe par Wenger face à la défense haute de Southampton en raison de sa vitesse et de ses capacités de percussion.  Une option qui s’est avérée payante puisque Gervinho a marque un doublé.

Face à Fulham par contre, où la défense est plus basse et plus regroupée, Wenger a choisit de titulariser Giroud à la place de Gervinho. En effet, la vitesse et la percussion de l’Ivoirien dans ce cas de figure est inutile compte tenu du manque d’espace. Olivier Giroud étant plus un joueur de surface, pouvant s’imposer face aux grands défenseurs de Fulham, c’était donc le choix le plus logique de le titulariser. Résultat, le Français a aussi inscrit un doublé.

Heat map d'Olivier Giroud face à Liverpool.

Heat map d’Olivier Giroud face à Liverpool.

En plus de son apport dans la surface, il est un point  d’appui important sur les dégagements du gardien mais aussi à l’entrée de la surface de réparation où il cherche à créer un décalage ou combiner avec un coéquipier.

En plus de son rôle de buteur, il a montré son sens du collectif avec ses passes décisives qui, pour la plupart, se situe soit à l’entrée de la surface de réparation (Podolski vs Montpellier, Gibbs vs Swansea ou Wilshere vs Swansea), soit près du point de pénalty (Walcott vs Liverpool).

  • Santi Cazorla

Aujourd’hui, pour être un bon milieu espagnol, il faut être petit, polyvalent et surtout un passeur exceptionnel. Santi Cazorla cumule toutes ces qualités avec une spécificité supplémentaire par rapport à ses coéquipiers espagnols, il est ambidextre.

Pour sa première saison en Angleterre, il s’est parfaitement adapté à la philosophie et l’engagement de la Premier League. Pendant la première partie de la saison, il a occupé le poste de meneur de jeu derrière l’attaquant où son rôle était de faire le lien entre l’attaque et le milieu. Ce que le petit espagnol a réalisé avec brio.

Heat map de Santi Cazorla face à Liverpool.

Heat map de Santi Cazorla face à Liverpool.

Dans cette position de meneur de jeu, Wenger lui a offert une totale liberté de déplacement, lui permettant de se placé au mieux entre les lignes adverses et amorcer un décalage ou une combinaison. C’est aussi à ce poste qu’il a le plus influencé le jeu des Gunners.

Heat map de Santi Cazorla face à QPR.

Heat map de Santi Cazorla face à QPR.

S’apercevant que le jeu de Cazorla penchait naturellement à gauche, Wenger franchit le pas après la mi saison en replaçant l’Espganol sur l’aile gauche. Bien qu’il soit moins important dans le jeu avec une moyenne de 60-70 ballons touchés au lieu des 80-90 en position de meneur de jeu axial, il a gardé son efficacité. Il a joué 33 matchs dans l’axe et a inscrit 8 buts et fait 7 passes décisives (soit un but ou une assist toutes les 198 minutes environ) et 15 matchs sur l’aile gauche où il a inscrit 4 buts et fait 7 passes décisives (soit un but ou une assist toutes les 122 minutes environ).

Heat map face à WBA

Heat map face à WBA

Son « exil » à gauche ne l’a, cependant, pas privé de sa liberté de déplacement qui l’a souvent été au détriment de son aile gauche qu’il a délaissé. Profitant de sa position sur l’aile, comme meneur excentré, il est souvent venu apporter du soutien au milieu en partant de son aile. Ce replacement lui permet aussi de rentrer sur son pied droit, son pied naturel bien qu’il soit ambidextre, et de déclencher des frappes de loin.

Cazorla en position de meneur de jeu axial.

Cazorla en position de meneur de jeu axial.

Cazorla replacé sur l'aile gauche.

Cazorla replacé sur l’aile gauche.

La comparaison de la différence d’influence de Cazorla sur des matchs similaires (Reading 2-5 Arsenal et Arsenal 4-1 Wigan) est intéressante. Sur l’aile, il fait moins de passes mais celles-ci sont toujours orientées vers l’avant ou vers l’opposé afin de trouver une faille dans la défense. La constante est que quelque soit son poste, Cazorla reste celui qui oriente le jeu d’Arsenal.

  • Mikel Arteta et son nouveau rôle.

Replacé dans un rôle à la Pirlo cette saison, Mikel Arteta a dû s’adapter à ces nouvelles contraintes, adapter son jeu et réapprendre un poste qu’il n’avait plus occupé depuis sa jeunesse. Ce pari risqué de Wenger s’avère payant puisque l’Espagnol a parfaitement pu tenir son rôle de sentinelle. Arteta a utilisé à bon escient sa science du placement pour s’imposer comme un milieu défensif convainquant et sûr.

Heat map d'Arteta face à Manchester City.

Heat map d’Arteta face à Manchester City.

 Replacé comme milieu défensif et premier relanceur, il a touché la majorité de ses ballons dans sa propre moitié de terrain et autour du rond central. Son principal objectif était de trouver rapidement Cazorla ou un des autres joueurs à ses côtés afin qu’ils prennent en main l’organisation du jeu tandis que lui se contentait de ses tâches défensives.

Zones d'action de Mikel Arteta face à WBA.

Zones d’action de Mikel Arteta face à WBA.

En cas d’actions offensives, Arteta s’est appliqué à respecter ses consignes de jeu et à limiter ses montées afin de couvrir et protéger sa défense. Ce qui était particulièrement le cas en début de saison quand Arsenal recherchait toujours le bon équilibre. Ce replacement a permit aux Gunners d’avoir un joueur doté d’une excellente qualité de passe à la récupération, permettant ainsi une relance propre et efficace. Malgré cette position délicate de premier relanceur, Arteta est le joueur à avoir effectuer le plus de passes en Premier League et le joueur avec le meilleur taux de passes réussies avec 91,5%.

Les interceptions d'Arteta face à Aston Villa.

Les interceptions d’Arteta face à Aston Villa.

La saison passée, son rôle était beaucoup plus offensif que celui de cette saison. Bien qu’il ait été toujours impliqué dans le travail défensif (4,4 tacles et interceptions par match en moyenne en 2011-2012), il a beaucoup progressé sur cet aspect en terminant la saison avec une moyenne de 6,1 tacles ou interception par match. Il constituait le 2ème niveau de pressing sur le terrain après la défense centrale. Ce système de pressing sera optimisé en fin de saison avec l’ajout d’Aaron Ramsey à ses côtés. En comparaison, Alex Song, lors de la saison 2011-2012 tournait autour de 5-6 interceptions ou tacles par match, ce qui prouve que, malgré une manque de présence physique, Arteta s’est largement imposé à ce poste et qu’il a grandement contribué à la performance défensive d’Arsenal cette saison.

  • La résurrection d’Aaron Ramsey

En début de saison, le Gallois a accepté de se sacrifier pour l’équilibre de l’équipe et de dépanner sur les ailes et parfois même comme arrière droit et gauche. En fin de saison, sa patience a été récompensée par des titularisations à son poste de prédilection, au milieu.

Placé aux côtés d’Arteta dans un rôle de box-to-box, Ramsey a profité de la discipline tactique de l’Espagnol pour s’épanouir. Chose qu’il n’avait pu faire en 2011-2012 en raison de son retour récent de blessure et du manque de discipline chronique d’Alex Song.

Zones d'action de Ramsey face à Norwich.

Zones d’action de Ramsey face à Norwich.

Jouant un cran au dessus d’Arteta, il a permit d’apporter un équilibre qu’Arsenal peinait à trouver depuis le début de la saison. Son endurance et sa combativité naturelle ont permis de solidifier ce milieu et de donner une meilleure sécurité à la défense.

Interceptions d'Aaron Ramsey face à Reading.

Interceptions d’Aaron Ramsey face à Reading.

Là où il a été le plus précieux, c’est sa complémentarité avec Arteta et sa capacité à aller presser haut et ainsi ajouter ce niveau de pressing qui manquait et que Cazorla (ou Rosicky ou Wilshere en position de meneur de jeu) ne pouvait faire seul.

Merci à Opta pour les statistiques, Squawka.com, arsenal.com et à @BackoTheDoc pour les images.

#Yann

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